Les acheteurs en 2025 ? Heureux... mais vigilants

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« Il n’y a pas deux années successives qui se ressemblent » constate Olivier Wajnsztok, directeur associé d’AgileBuyer qui publie ce matin son étude réalisée avec le Conseil National des Achats (CNA)"Tendances et Priorités des Départements Achats en 2025". Chaque année, une tendance se dégage : « il s’avère que la résilience demeure l’une des clés d’analyse importantes » de cette 16e édition

Les professionnels achats sont de plus en plus heureux au travail ! « S’ils étaient déjà 82 % à s’estimer heureux dans leur vie professionnelle en 2023, puis 85 % en 2024, ils seront 87 % en 2025 » relève l’étude. Et 80 % des professionnels achats interrogés pensent continuer à travailler dans les achats dans les 5 ans à venir.

Des acheteurs heureux… mais qui n’hésitent pas se déclarer particulièrement vigilants, dans cette nouvelle étude AgileBuyer - Conseil National des Achats (CNA), réalisée entre le 1er novembre et le 2 décembre 2024, via un questionnaire en ligne adressé à un panel ciblé de personnes exerçant dans les achats, tous secteurs confondus. 865 professionnels ont répondu à cette étude intégralement.
 

Fournisseurs défaillants, cyber-attaques et ententes


« Résilience » ?... autrement dit… " faire face". Oui mais à quels risques ? « C’est LE chiffre fort de l’étude : 65 % des directions achats considèrent que le risque de défaillances fournisseurs sera un enjeu crucial en 2025, suivi par le risque de cyber-attaques (42 %) » considère Olivier Wajnsztok. Il précise que la menace est d’importance et « évolutive » : le risque d’effet domino est fort. Au 3ème trimestre 2024, le BTP et l’immobilier cumulaient à eux deux plus de 16 800 défaillances d’entreprises sur les 12 derniers mois.

En 2025, ce sont à nouveau 77 % des directions achats qui auront des objectifs en matière de gestion des risques fournisseurs. « C’est un chiffre qui se maintient donc dans la moyenne globale des années précédentes ». Cela étant, en 2025, seulement 38 % des directions achats indiquent avoir eu des difficultés de livraison avec leurs fournisseurs stratégiques.

L’autre point d’inquiétudes, ce sont les cyberattaques qui connaîtraient une « recrudescence phénoménale », avec là aussi, une évolution inquiétante, liée à la vitesse à laquelle les méthodes évoluent et font preuve de sophistication, principalement grâce aux avancées de l’IA.

Pour faire face à l’ensemble des risques, 69 % des directions achats auront recours au double sourcing, aux contrats long terme (56 %), à la sécurisation des approvisionnements (54 %), ou encore à l’accompagnement des fournisseurs (47 %).

Pour faire face à l’ensemble des risques, 69 % des directions achats auront recours au double sourcing, aux contrats long terme (56 %), à la sécurisation des approvisionnements (54 %), ou encore à l’accompagnement des fournisseurs (47 %). Mais la gestion de la protection des données est quant à elle citée à seulement 26 %....

La crainte des ententes illicites est toujours en hausse : en 2024, 60 % des directions achats pensent faire face à des situations d’ententes illicites (ou cartels) entre leurs fournisseurs d’une même famille d’achats. L’année dernière, ils étaient 56 %, les secteurs les plus touchés par les ententes illicites étant l’immobilier/BTP (à 82 %), l’industrie lourde (à 80%) et les services/conseil/formation (à 79 %).
 

La réduction des coûts : « prioritaire et stratégique »


La réduction des coûts restera une priorité en 2025 pour 7 % des directions achats interrogées.
L’étude pointe un fossé entre les acheteurs publics et les acheteurs privés. La réduction des coûts sera l’objectif premier en 2025 pour 87% des directions achats du secteur privé ; pour le secteur public, seules 52% des directions achats sondées le mettent en tête de liste de leurs objectifs en 2025, et ce « malgré les mesures fortes attendues pour réduire substantiellement les dépenses publiques à l’échelle nationale » commente l’étude.

La réduction des coûts sera l’objectif premier en 2025 pour 87% des directions achats du secteur privé ; pour le secteur public, seules 52% des directions achats sondées le mettent en tête de liste de leurs objectifs en 2025

67 % des directions achats renégocient certains contrats avec leurs fournisseurs, dans un contexte de début de déflation. « Le rapport de force semble donc se rééquilibrer légèrement en faveur des achats, du moins pour les renégociations de contrats, là où les années précédentes étaient marquées par des conditions contractuelles synonymes de hausses de prix fortes, inattendues, et parfois non justifiées » analyse Olivier Wajnsztok.
En 2025, les relations fournisseurs sont jugées défavorables/déséquilibrées par 78 % des directions achats, soit 7 points de moins que les deux années précédentes. « Cela démontre que les conséquences de la crise (pénuries, délais de livraison, inflation...) qui jusque-là semblaient perdurer et s’inscrire dans la durée, sont en train de s’estomper dans le temps ».

De fait, pour réduire les coûts, 60% des directions achats auront recours à la négociation.

Cela étant, l'évaluation de la performance Achat évolue dans son approche. « Alors qu’en 2024, les objectifs de réduction des coûts étaient largement en tête (59%), on note leur recul en 2025 (28%), au profit d’autres enjeux croissants avec en tête la RSE (12%), suivi de la gestion de la relation fournisseur (11%) et de la réactivité (9%) ». Selon l’étude, on observe ainsi une transition dans les attentes des directions achats, marquant une diversification des indicateurs d’évaluation de la performance achats (RSE, Achat durable, gestion relation fournisseurs).

Achat responsable : coûteux… mais stratégique !


Les objectifs RSE tendent à prendre une part considérable dans les objectifs des directions achats. Les contraintes que peuvent rencontrer les fournisseurs à déployer ces démarches seront une raison pour laquelle ces derniers demanderont des hausses de prix. 57% des directions achats considèrent que la RSE est synonyme de demandes de hausses des coûts, révèle l’étude.

78 % des directions achats considèrent que la RSE est synonyme de demandes de hausses des coûts

Cela étant, en 2025, 78% des directions achats auront des objectifs achats liés au développement durable ou à la RSE. Les directions achats du secteur public seront celles qui auront le plus d’objectifs achats liés à la RSE en 2025 (cité à 86%), contre 82% pour le secteur privé. « Cela peut s’expliquer par le fait que le secteur public est bien renseigné sur les dernières réglementations et bonnes pratiques en matière d’achats durables » analyse Olivier Wajnsztok.

Achat local et décarbonation


Les sujets liés à la décarbonation deviennent plus que jamais stratégiques au sein des directions achats : plus de la moitié des directions achats (51 %) intègrent le critère CO2 dans le choix de leurs fournisseurs, lorsqu’en 2023 elles n’étaient que 31 %. 47 % des directions achats indiquent qu’elles mesureront l’empreinte carbone de leurs fournisseurs. Les critères environnementaux dans les appels d’offres (cités à 34%) et le calcul de l’empreinte carbone (cité à 25%) sont les deux principales mesuresenvisagées par les directions achats en 2025.

En 2025, les crises géopolitiques vont pousser 30% des directions achats à relocaliser leurs achats. Cela représente 15 points de moins qu’en 2024. Mais pour les directions achats qui seront concernées par une relocalisation, elle servira avant tout à réduire l’impact environnemental (cité à 62 %), très loin devant le besoin de sécurisation des approvisionnements (cité à 26 % seulement) qui était historiquement l’enjeu majeur d’une relocalisation pour les directions achats.

Le Made in France comme critère d’attribution de business par les directions achats connaît un regain notable en 2025 

Le Made in France comme critère d’attribution de business par les directions achats connaît un regain notable en 2025 (60 %). Il semble devenir une valeur durable, qui pourrait continuer à être considérée même en contexte post-crises et post-ruptures d’approvisionnements. Et si le coût du Made In France est toujours jugé trop important pour 19 % des répondants, cette appréciation subit une baisse de 3 points par rapport à 2024.

Et l’IA dans tout ça ?


La tendance montre une utilisation de plus en plus importante de l’IA dans les achats : 40 % en 2025, soit 15 points de plus qu’en 2024. « La digitalisation est plus que jamais un sujet au sein des achats, et le potentiel grandissant de ce type d'outils dans le quotidien des directions achats n’est pas pris à la légère ».

Plus de la moitié des départements achats (52 %) pensent que l’IA va à la fois faciliter leurs tâches actuelles, et transformer leur façon de travailler. Pour 42% des répondants, l’IA sera le premier outil à impacter leurs directions achats…
Plus en détail, selon l’étude, les outils achats servent en premier lieu pour un usage lié au reporting/performance/ tableaux de bord (à 63 %), mais aussi pour du sourcing (47 %) et de l’approvisionnement (40 %).
A noter : 32 % des directions achats utilisent un outil d’IA pour rédiger les cahiers des charges (sourcing : 40 % ; études de marché :3 % ; reporting : 25 % ;contrats : 22%).