[Lauréats TCP 2024] Montauban : une gestion des déchets exemplaire

partager :

Dans le Tarn-et-Garonne, la communauté d’agglomération du Grand Montauban s’est lancée dans un ambitieux programme, puisqu’il s’agit de renverser la logique qui prévalait en matière de contrats de performances déchets. Passer d’une rémunération à la tonne, incitant à augmenter le volume de collecte, à une rémunération à la performance, incitant à le réduire, peut sembler contre-productif, mais c’est justement parce que ça marche que la communauté d’agglomération montalbanaise a reçu un trophée Achat Exemplaire.

« On ne devrait jamais quitter Montauban ! ». Et encore moins depuis que le Grand Montauban a réinventé la façon de rémunérer la collecte des déchets… Ouvrir cet article sans cette réplique de Lino Ventura dans "Les Tontons Flingueurs", c’aurait été aussi criminel que nous demander de faire l’impasse sur Salvador Dali en évoquant les marchés publics de la ville de Perpignan dont la gare est devenue selon lui le centre cosmogonique du monde. D’autant que le centre du monde s’est déplacé depuis à Montauban, la ville qu’on ne devrait jamais quitter, pour Michel Audiard…

Montauban centre du monde ? Et oui, en tout cas depuis que la communauté d’agglomération du Grand Montauban a décroché l’un des Trophées de la commande publique ! En effet, en marge du Salon des Maires, sur le stand d’achatpublic.info, le 21 novembre dernier, sa communauté d’agglomération a décroché l’un des trois trophées de la commande publique dans la catégorie Achat Exemplaire, celui réservé aux collectivités locales, pour son contrat de performance portant sur la collecte des déchets ménagers et assimilés, ainsi que la gestion des déchetteries et de la recyclerie.

Pour notre communauté d’agglomération, il était nécessaire de repenser le modèle économique de la collecte en vue de réduire les déchet, en construisant notre contrat de performance déchets sur le modèle des contrats de performance énergie

Pour Léa Da Costa, il s’agissait ni plus ni moins de repenser du tout au tout le modèle de la collecte des déchets. « Pour notre communauté d’agglomération, il était nécessaire de repenser le modèle économique de la collecte en vue de réduire les déchets, explique la chargée de mission achats responsables du Grand Montauban, il s’agissait de construire notre contrat de performance déchets sur le modèle des contrats de performance énergie ».

Des objectifs ambitieux


L’incitation à produire moins de déchets ? La pédagogie des usagers ? Ce sont les fondamentaux qui ont animé les responsables du Grand Montauban. « Nos objectifs étaient effectivement ambitieux, détaille Léa Da Costa, ambitieux et nombreux en termes de réduction de quatre flux de déchets, de prévention, de recyclage et de réemploi, de compostage des biodéchets, d'amélioration du tri, de satisfaction des usagers, de performance économique, environnementale et sociale avec la création d’emplois dans l’économie sociale et solidaire ».
Objectifs aujourd’hui largement tenus. Prenons par exemple les 53 000 heures d'insertion réalisées, enfonçant largement l’objectif déjà ambitieux de 47 000 heures ! Renverser les pratiques qui prévalaient jusqu’à présent ? Oui, et c’est une première dans l’hexagone : « C’est le premier contrat de performance déchets de France qui renverse la logique : nous passons d’une rémunération à la tonne, qui conduit en fait à augmenter le volume de collecte, à une rémunération à la performance, qui incite plutôt à le réduire ».

C’est le premier contrat de performance déchets de France qui renverse la logique : nous passons d’une rémunération à la tonne, qui conduit en fait à augmenter le volume de collecte, à une rémunération à la performance, qui incite plutôt à le réduire

Léa Da Costa évoque les nombreux leviers qui sont mobilisés : « Dialogue compétitif pour la co-construction d’un programme sur-mesure, critères et clauses “durables” comme la maîtrise de l’énergie, création d’emplois, de nombre d’heures d’insertion, la clause de réexamen, le plan de progrès, le calcul en coût global… ».
Sans oublier les objectifs de performance à horizon 2028 dont la réduction des flux d’ordures ménagères (-12 %), du tri sélectif (-2 %), des déchets verts (-15 %) et des encombrants (-33 %). « Côté rémunération, un bonus/malus s’ajoute au forfait en fonction de l’atteinte des objectifs annuels ».

Des actions innovantes


Ce marché global prévoit des actions innovantes comme le broyage à domicile de déchets verts, la distribution de composteurs, la création d’une nouvelle déchetterie/recyclerie « un éco-lieu avec cinq ateliers de réparation », un espace réemploi, un incubateur à start-up en lien avec l'économie circulaire, la prise de rendez-vous pour la collecte douce des encombrants, le développement des filières REP (responsabilité élargie du producteur) « une application du principe pollueur payeur », la collecte à vélo des biodéchets de l'hypercentre et la valorisation en éléctro-composteur « utilisé pour les espaces verts de la ville » et en méthaniseur, la communication incitative « comme les escape game », les actions “intelligentes” ciblées grâce au compteur de déchets « les bacs sont équipés de puces », en fonction des données des foyers.
Là encore, les objectifs qui étaient fixés pour 2023 ont été largement atteints. Les moyens mis en œuvre pour obtenir ces résultats sont partis d’une réponse à un appel à projets lancé par l’Ademe pour une expérimentation. « Nous avons réalisé une étude préalable pour connaître le potentiel de réduction des déchets, explique la chargée de mission achats responsables de la communauté d’agglomération, nous nous sommes appuyés sur une AMO, la mobilisation d'une équipe projet en interne, une gouvernance comprenant un comité de direction, un comité technique et un autre pour le suivi performances ».
Le dossier a été bouclé dans les délais prévus au départ : « Nous avons apporté notre réponse à l’appel à projets de l’Ademe en 2018 et nous avons pu lancer l’avis d’appel à la concurrence en juillet 2021, le marché étant notifié en août 2021, conclut Léa Da Costa, le démarrage des prestations pouvait commencer le 1er janvier 2022 ».
Durée de la procédure 16 mois, et durée totale de la démarche 26 mois en tout et pour tout. Aujourd’hui, les résultats obtenus dépassent toutes les espérances, au point que les objectifs 2028 fixés pour trois des quatre flux de déchets étaient atteints dès la fin 2023 !

« On ne devrait jamais quitter Montauban ! », nous vous l’avions bien dit…