[TCP 2024 - Les Lauréats] L'achat exemplaire prend ses quartiers à Mourmelon

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Conjuguer performance énergétique des bâtiments et insertion sociale, tel était le chalenge porté par l’Établissement de Service d’Infrastructure de la Défense de Metz pour le camp de Mourmelon, une passoire thermique s’étendant sur 10 000 hectares composée de pas moins de 218 bâtiments dont 187 étaient concernés par le contrat de performance énergétique. Près de 190 000 m2 de surface de planchers à chauffer ! Au programme, réduction des consommations d’énergie, réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’augmentation du recours aux énergies renouvelables et engagement en termes d’insertion sociale.

C’est Brice Huet, Commissaire général au développement durable du ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques qui a remis le Trophée 2024 dans la catégorie Achat exemplaire, pour la fonction publique d’État, à Alexandre Barouh, directeur central du SID, le Service d’infrastructure de la Défense (*).
L’Établissement du Service d’infrastructure de la Défense (ESID) de Metz était récompense, lors de la cérémonie de remises des Trophées de la commande publique à Paris, lors du Salon des Maires et des collectivités locales, pour le contrat de performance énergétique mis en œuvre au camp de Mourmelon, dans le département de la Marne.

Si le chantier de rénovation énergétique ouvert à Mourmelon était particulièrement ambitieux, le volet insertion sociale ne l’était pas moins : « Ce contrat de performance énergétique n’oublie pas l’insertion sociale, explique Nathalie Gallien, chef du bureau pilotage et audit des achats de l’ESID de Metz, en effet, le Service d’infrastructure de la Défense (SID) avait fixé un objectif de 49 000 heures d’insertion sociale pour cette opération, et au dernier bilan 28 734 heures avaient été réalisées ». Et vue l’ampleur du chantier, l’objectif sera atteint sans difficulté.

Côté performance énergétique, ce n’est pas gagné pour l’entreprise attributaire et elle a intérêt à être dans les clous, car outre la garantie totale sur les installations à laquelle elle est soumise, avec le transfert de responsabilité vers le titulaire du marché qui était prévu au contrat, la mise en place d’un plan de mesures et de vérifications pour contrôler les consommations réelles et les comptabiliser, la sensibilisation des utilisateurs, un système de bonus/malus a été mis en place afin de la challenger.
 

Le parcours du combattant énergétique


Alors que s’ouvre la première saison de chauffe de la nouvelle installation, l’état des lieux n’était pas franchement brillant, puisque les deux tiers des 187 bâtiments à chauffer du camp de Mourmelon affichaient des étiquettes énergétiques inférieures ou égales à “D”. Faire pire, c’était jouable mais compliqué…

Partant de ce constat, les objectifs poursuivis par l’Établissement de Service d’Infrastructure de la Défense de Metz étaient franchement très ambitieux : réduire la consommation d’énergie finale de 44%, les émissions de gaz à effet de serre de 92%, et recourir aux énergies renouvelables sur les consommations du site à un taux de 80%. Un contrat de performance énergétique de pratiquement 87 millions d’euros si l’on ajoute aux 34,3 M€ de montant des travaux le coût de maintenance sur 20 ans, établi lui aussi à 34,3 M€ et le coût énergétique qui, sur 20 ans, est estimé à 18,2 M€.Sur le coût total de 86,8 M€, le Plan de relance (PRE) intervient à hauteur de 37,4 M€. Le retour sur investissement devrait s’établir à 10,6 ans.

Avec ce contrat de performance énergétique, le ministère des Armées et des anciens combattants a placé la barre très haut et, pour tomber dans la métaphore facile, c’est un vrai parcours du combattant qui attendait l’établissement messin du Service d’infrastructure de la Défense qui devait passer en une trentaine de mois du XIXe au XXI siècle, du charbon à la biomasse. Un saut technologique qui ne peut laisser aucun thermicien indifférent. Jugez plutôt : « Pour assurer le chauffage de 187 bâtiments qui occupent près de 190 000 m2 de surface de planchers, nous avons dû programmer le remplacement de l’installation initiale, constituée d’une chaufferie centrale composée de quatre chaudières charbon, d’un réseau de chaleur et de 41 chaudières fioul, détaille Nathalie Gallien, des solutions qui étaient très énergivores ».
« Grace au recours à la biomasse en ressource énergétique principale et au gaz en ressource secondaire et de secours, nous avons pour ambition de réaliser une économie annuelle de 24 405 MWh d’énergie finale ». La chef du bureau pilotage et audit des achats de l’ESID de Metz souligne également la réduction des émissions de gaz à effet de serre : « Cette installation nous permettra de réduire chaque année de 1 116 tonnes de CO2 nos émissions de gaz à effet de serre ».
 

Moyens et calendrier


« Pour atteindre les objectifs de réduction de consommation d’énergie des bâtiments, le critère n°2 concernait les objectifs liés au développement durable avec quatre sous-critères relatifs à l’engagement des candidats en faveur de la réduction des consommations énergétiques, en matière de réduction des gaz à effet de serre (notamment pour les usages de chauffage), et en matière d’augmentation du taux de recours aux énergies renouvelables ».
Cinquante bâtiments sont directement concernés par des actions de performance énergétique avec de l’isolation par l’extérieur, l’isolation des combles et des planchers ainsi que par le changement des menuiseries. L’amélioration de la régulation terminale sera notamment assurée avec l’installation de régulations intelligentes et la pose de robinets thermostatiques. Le réseau de chaleur devait quant à lui être remplacé sur 8 600 mètres avec en parallèle une fibre optique dédiée à la régulation et à la supervision, et étendu à hauteur de 3 000 mètres afin de raccorder 30 bâtiments supplémentaires. « En outre, 160 sous-stations de chauffages ont été rénovées, 5 500 m2 d’isolant posés pour les combles et les caves et l’isolation par l’extérieur couvre une surface de 36 000 m2 ».
Si cette avalanche de précisions ne vous dit rien (et encore, nous ne sommes pas rentrés dans le détail), n’importe quel professionnel du bâtiment pourra vous assurer que le contrat de performance énergétique monté par l’Établissement du service d’infrastructure de la défense de Metz mérite, effectivement, le Trophée de l’achat exemplaire qui lui a été remis, et haut la main !
 

(*) Le Service d’infrastructure de la Défense a publié l’an dernier 1 500 marchés pour un montant supérieur à 2,7 milliards d’euros. L’ESID de Metz en a publié quant à lui 274 pour un montant de 400 millions.